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Les conservateurs

Horus Pharma
Horus Pharma

Bien que très répandus en ophtalmologie, les agents conservateurs peuvent être délétères pour la surface oculaire. Les effets toxiques pour l’œil ne sont donc pas négligeables. Voici quelques explications sur leur rôle, leur toxicité potentielle et certaines conséquences pour les yeux.

L’utilisation courante des conservateurs en ophtalmologie


Les conservateurs sont très utilisés dans les produits ophtalmiques, notamment dans les solutions dites multifonctions (1) pour les lentilles de contact ou dans des collyres multidoses (2). Mais quel est leur rôle ? Ils assurent la stérilité des produits ophtalmiques vis-à-vis des bactéries et des champignons (3). Comme les agents décontaminants, les agents conservateurs préviennent la multiplication des micro-organismes et garantissent ainsi un niveau de sécurité suffisant aux patients. En effet, l’eau présente dans les préparations ophtalmiques les rendent sensibles aux contaminations microbiennes - qu’elles soient bactériennes ou fongiques (4). Pour éviter la contamination, il est également conseillé de ne pas aller au-delà de la durée limite d’utilisation, systématiquement indiquée par les fabricants (5).

Les effets toxiques potentiels des conservateurs

L’utilisation des conservateurs en ophtalmologie est un problème de santé publique car partant d’une pathologie à traiter, les patients développent, à causes des conservateurs, une autre pathologie oculaire. Par leur capacité à modifier les défenses cellulaires, les conservateurs sont irritants pour les yeux, qu’ils soient utilisés dans des collyres ou des produits d’entretien pour lentilles (6). Sur le long terme, les conservateurs altèrent le film lacrymal. Le chlorure de benzalkonium - le conservateur le plus employé dans les collyres - présente une toxicité directe sur les cellules (7). Cette toxicité est notamment due à une forte rémanence locale : même en instillant une seule goutte de collyre dans l’œil, le chlorure de benzalkonium peut être présent dans les tissus oculaires entre 48 heures et 9 jours (8). De plus, son action détergente, due à sa structure polaire, favorise la désorganisation des cellules de l’épithélium et accroît l’instabilité du film lacrymal aggravant ainsi l’inflammation de la surface de l’œil (9). La question qui peut se poser est celle de savoir pourquoi ce type de conservateur est utilisé ? Parce qu’associé aux substances actives contenues dans les produits ophtalmiques, il permet d’augmenter la perméabilité de la surface oculaire (10). Globalement, les agents conservateurs entraînent une instabilité du film lacrymal, une atteinte tissulaire par apoptose et sont pro-inflammatoires (11).

Les conséquences pour l’œil (12)

L’utilisation à long terme de conservateurs a des conséquences sur l’œil. À un premier niveau, leur toxicité agit sur la conjonctive et la cornée, pouvant même conduire à des modifications morphologiques de cette dernière. À un second niveau, les conservateurs altèrent les parties plus profondes de l’œil, à savoir le cristallin et le trabéculum. Cet effet délétère des conservateurs sur l’œil provoque des manifestations de deux ordres : les premières, moins sévères, se caractérisent par une gêne ou des irritations (sensation de picotement ou de brûlure). Les effets secondaires plus graves, en revanche, se manifestent sous forme d’inflammation d’intensité variable allant d’une simple infection asymptomatique jusqu’à la fibrose. Outre ces effets délétères, les conservateurs peuvent également engendrer une sensibilisation et le développement de réactions allergiques, conséquence d’une utilisation répétée, se manifestant le plus généralement par des inflammations (conjonctivite ou blépharite).

Pour protéger le capital de l’œil, des solutions existent. Le meilleur moyen de limiter ces complications oculaires passe par l’utilisation de produits sans conservateur, dès que cela est possible. À défaut, il s’agit de privilégier des produits à lentilles en unidoses ou des collyres à instillation uniquotidienne. Ils permettent un meilleur respect de la physiologie oculaire et réduisent ainsi les risques d’intolérance.

Sources

1- Erwan Le Fur. Christian De Thuin, Toxiques et pas toujours efficaces, page 2, consulté le 13 juin 2018.
2- D. Vaede, C. Baudouin, et al., Les conservateurs des collyres : vers une prise de conscience de leur toxicité, Journal Français d'Ophtalmologie, Volume 33, n° 7 pages 505-524 (septembre 2010),lien, consulté le 7 juin 2018.
3- D. Vaede, C. Baudouin, et al., Les conservateurs des collyres : vers une prise de conscience de leur toxicité, Journal Français d'Ophtalmologie, Volume 33, n° 7 pages 505-524 (septembre 2010), lien, consulté le 7 juin 2018.
4- D. Vaede, C. Baudouin, et al., Les conservateurs des collyres : vers une prise de conscience de leur toxicité, Journal Français d'Ophtalmologie, Volume 33, n° 7 pages 505-524 (septembre 2010), lien, consulté le 28 juin 2018.
5- D. Vaede, C. Baudouin, et al., Les conservateurs des collyres : vers une prise de conscience de leur toxicité, Journal Français d'Ophtalmologie, Volume 33, n° 7 pages 505-524 (septembre 2010), lien, consulté le 28 juin 2018.
6- O. Ravet, Les effets délétères de certains collyres sur la surface oculaire, Bull. Soc. belge Ophtalmol., 304, 145-149, 2007, lien, consulté le 18 juillet.
7- O. Ravet, Les effets délétères de certains collyres sur la surface oculaire, Bull. Soc. belge Ophtalmol., 304, 145-149, 2007, lien, consulté le 26 juin.
8- O. Ravet, Les effets délétères de certains collyres sur la surface oculaire, Bull. Soc. belge Ophtalmol., 304, 145-149, 2007, lien, consulté le 26 juin.
9- O. Ravet, Les effets délétères de certains collyres sur la surface oculaire, Bull. Soc. belge Ophtalmol., 304, 145-149, 2007, lien, consulté le 26 juin.
10- O. Ravet, Les effets délétères de certains collyres sur la surface oculaire, Bull. Soc. belge Ophtalmol., 304, 145-149, 2007, lien, consulté le 26 juin.
11- D. Vaede, C. Baudouin, et al., Les conservateurs des collyres : vers une prise de conscience de leur toxicité, Journal Français d'Ophtalmologie, Volume 33, n° 7 pages 505-524 (septembre 2010), lien, consulté le 7 juin 2018.
12- D. Vaede, C. Baudouin, et al., Les conservateurs des collyres : vers une prise de conscience de leur toxicité, Journal Français d'Ophtalmologie, Volume 33, n° 7 pages 505-524 (septembre 2010), lien, consulté le 7 juin 2018.

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